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Mais soudain il cessa de ruminer ses échecs. Il avait entendu quelque chose. Là, au milieu du grondement monotone des moteurs, il avait entendu un claquement. Pas au-dessus de lui. Plus bas dans le passage.

Il se redressa d'un coup et se retourna vers le panneau d'ouverture. Entendit un nouveau claquement et comprit que quelqu'un vérifiait les compartiments comme il l'avait fait lui-même.

Il cogna sur le panneau avec les crosses de ses deux pistolets. Il cria encore plus fort pour couvrir les échos du métal frappant le métal.

- Sun Yee ? Hé ! Plus bas ! Y a quelqu'un ? Ici !

Pas de réponse, mais le verrou supérieur droit commença à tourner. Quelqu'un était en train d'ouvrir la porte. Bosch recula, s'essuya la figure sur sa manche et attendit. Le verrou inférieur gauche une fois débloqué, la porte s'ouvrit lentement. Bosch leva ses deux pistolets en se demandant s'il avait encore de quoi faire feu.

Dans la pénombre du passage il découvrit le visage de Sun Yee. Il s'avança et ouvrit complètement le hayon d'une poussée.

- Mais où vous étiez, bordel ?

- Je cherchais un bateau et...

- Je vous ai appelé. Je vous disais de revenir.

Une fois dans le passage, Bosch découvrit le cadavre du type à la Mercedes. Il gisait à quelques pas du hayon. Bosch se précipita vers lui, espérant le trouver vivant. Il le retourna dans sa mare de sang. Il était mort.

- Harry, reprit Sun Yee, où est Madeline ?

- Je ne sais pas. Tout le monde est mort et je ne sais pas ! A moins que...

Un dernier plan se fit jour dans l'esprit de Bosch. C'était leur ultime chance. La Mercedes blanche toute neuve qui brillait de tous ses feux. Elle devait être équipée de toutes les options, dont un GPS contenant l'adresse de son propriétaire.

C'était là qu'ils allaient se rendre. Chez le type à la Mercedes. Et Bosch ferait tout ce qu'il faudrait pour retrouver sa fille. Même s'il fallait coller le canon d'un pistolet sur la tempe du gamin qu'il avait vu s'ennuyer au Geo. Alors la femme du type parlerait. Et lui rendrait Maddie.

Il examina le corps étendu devant lui et se dit qu'il devait s'agir de Dennis Ho, le patron de la Northstar. Il fouilla dans les poches du mort en espérant y trouver ses clés de voiture, mais n'en découvrit aucune, le plan qu'il venait d'élaborer disparaissant aussi vite qu'il s'était formé dans son esprit. Où étaient ces clés ? Il fallait absolument que le GPS lui dise où habitait ce type et comment s'y rendre.

- Harry, qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Sun Yee.

- Les clés de la voiture. Il nous les faut, sinon... Soudain il s'arrêta. Et se rendit compte qu'il avait oublié un détail. Lorsque, après avoir descendu le quai en courant, il s'était baissé derrière la Mercedes pour être à couvert, il avait entendu tourner le moteur et senti l'odeur du diesel. Le type n'avait pas coupé le contact.

Sur le coup, cela ne lui avait pas paru important dans la mesure où, pour lui, Madeline était à bord du bateau-grue. Maintenant ce n'était plus du tout pareil.

Il se redressa et commença à descendre le passage pour rejoindre l'échelle tandis que son esprit s'emballait. Il entendit Sun Yee derrière lui.

Il ne pouvait y avoir qu'une raison au fait que Dennis Ho avait laissé tourner le moteur de la Mercedes. Il avait l'intention d'y revenir. Et pas avec Maddie, parce qu'elle n'était pas à bord. Mon, Maddie, il voulait aller la prendre dès que le compartiment à fond de cale serait prêt et qu'il pourrait l'y transférer.

Bosch se rua hors de la cabine de pilotage et descendit la passerelle jusqu'au quai. Puis il courut jusqu'à la portière côté conducteur de la Mercedes blanche et l'ouvrit violemment. Il vérifia la banquette arrière, il n'y avait personne. Il examina le tableau de bord pour y trouver le bouton d'ouverture du coffre.

Ne le trouvant pas, il coupa le contact et s'empara des clés. Il gagna l'arrière de la voiture et appuya sur la partie ouverture du coffre de la clé de contact.

Le capot se souleva automatiquement. Bosch se pencha et là, étendue sur une couverture, il y avait sa fille. Bâillonnée, un bandeau sur les yeux et les bras maintenus serrés contre son corps par plusieurs longueurs d'adhésif. Même chose pour ses chevilles. Bosch ne put s'empêcher de hurler :

- Maddie !

Il bondit presque dans le coffre pour lui retirer le bandeau et s'attaquer au bâillon.

- C'est moi, ma chérie ! C'est papa !

Elle ouvrit les yeux et battit des paupières.

- Tu es sauvée, Maddie. Tu es en sécurité !

Le bâillon se détachant, Maddie poussa un cri qui transperça le cœur de son père et qu'il ne devait jamais oublier. Exorcisme de la peur, appel à l'aide, soulagement, joie, c'était tout cela ensemble.

- Papa !

Elle se mit à pleurer tandis que Bosch lui tendait les bras et la sortait du coffre. Soudain Sun Yee était là et l'aidait.

- Ça va aller maintenant, dit Bosch. Tout ira bien.

Ils aidèrent la jeune fille à tenir debout, Bosch se servant vite d'une des clés de contact pour sectionner l'adhésif. Il remarqua que Maddie portait toujours son uniforme d'écolière. Dès qu'elle eut les bras et les mains libres, elle prit son père par le cou et se serra contre lui de toutes ses forces.

- Je savais que tu viendrais, dit-elle entre deux sanglots. Bosch sut alors que jamais encore il n'avait entendu des paroles qui lui aillent pareillement droit au cœur. Il la serra tout aussi fort qu'elle dans ses bras. Puis il baissa la tête et murmura :

- Maddie ?

- Quoi, papa ?

- Es-tu blessée, Maddie ? Je veux dire physiquement. S'ils t'ont fait du mal, il faut t'emmener tout de suite à...

- Non, je ne suis pas blessée.

Il s'écarta de sa fille, posa les mains sur ses épaules et la regarda droit dans les yeux.

- Tu es sûre ? Tu peux me le dire, tu sais.

- J'en suis sûre, papa. Tout va bien.

- Bien, alors il faut partir. (Il se tourna vers Sun Yee.) Vous pouvez nous amener à l'aéroport ?

- Pas de problème.

- Alors allons-y.

Bosch prit sa fille par la taille et ils suivirent Sun Yee. Maddie s'accrocha à son père tout le long du chemin et ce ne fut que lorsqu'ils arrivèrent en vue de la voiture qu'elle parut comprendre ce que signifiait la présence de Sun Yee et posa la question que Bosch redoutait.

- Papa ?

- Quoi, ma fille ?

- Où est maman ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les neuf dragons
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